Je déteste Le Tintoret ?
Ce titre particulièrement racoleur ouvre la critique que je voulais émettre de l'exposition "Éternel Tintoret", vue ce jeudi 24 septembre au musée Jacquemart André. Fréquentant ce musée depuis petite, j'y suis retournée depuis sa réouverture après des travaux pour voir l'exposition consacrée à Georges de la Tour, que j'avais appréciée. Cette nouvelle exposition présente une quarantaine de productions de Tintoret, mais aussi des œuvres ultérieures de Delacroix, Cézanne ou encore Manet, démontrant ainsi une postérité de l'artiste dans l'histoire de l'art du dix-neuvième siècle.
Je commence à connaître les genres et périodes artistiques en peinture qui me procureront a priori de l'enthousiasme à coup sûr, et le baroque ainsi que les œuvres qui le préfigurent font partie des sections que je vais sauter de manière très probable lorsque je visite la collection permanente d'un musée. Quelque chose dans cette abondance vigoureuse de détails, de sujets religieux répétitifs ne vient pas s'inscrire dans ma mémoire poétique, et je préfère contempler les tableaux aux couleurs primaires et à la perspective encore bourgeonnante qui la précède au quinzième siècle.
Je me suis donc rendue à cette rétrospective inédite en France pour tester ma propre appréciation artistique, et me mettre au défi de découvrir l'œuvre de celui que l'on a considéré comme un grand maître virtuose.
Jacomo Robusti, alias Le petit teinturier (Tintoretto en italien), est surnommé ainsi en référence à la profession de son père. Il est auteur d'une œuvre prolixe et qui frappe à l'époque par la vivacité de son trait et sa rapidité d'exécution. Élève puis rival de Titien, il est affilié à l'école vénitienne incluant d'autres artistes notoires tels que Véronèse ou Giorgione. La république de Venise est alors en plein essor artistique, et son influence retentit dans toute l'Europe.
Bien qu'étant pleine de bonne volonté, je me suis vite rendue à l'évidence : je n'avais aucun atome crochu avec cette œuvre grandiloquente. Malgré l'appréciation ostensible de mes compagnons de visite pour plusieurs toiles, j'ai eu pour ma part beaucoup de mal à prendre du plaisir en les contemplant. Je n'ai pas ressenti ce fameux choc esthétique qui touche l'âme, même en reconnaissant rationnellement la grande maîtrise technique dans le traitement des sujets.
Par rapport aux conditions de visite inhérentes au lieu, j'ai déploré malgré la réservation d'un créneau au préalable une affluence apparentant les salles d'exposition aux couloirs d'une station de métro parisienne en heure de pointe. Il était peu aisé de se faufiler parmi la cohorte remplissant rapidement ces salles plus étroites que d'autres musées conçus initialement pour abriter des visiteurs nombreux.
Si je devais tout de même élire une toile qui a un peu plus retenu mon attention que d'autres, ce serait Le miracle de Saint-Augustin, présente dans la première salle. J'aime beaucoup la manière dont est représentée cette apparition sanctifiée, avec des tonalités vaporeuses et froides très à mon goûts. Mon œil est directement attiré par ce qui se passe au-dessus de la scène : les fins rais de lumière émanant du saint, l'auréole lactée et dorée ainsi que le manteau zinzolin apportent une touche magique qui me transporte plus que les scènes très humaines dont Le Tintoret se fait le fin spécialiste.

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